Mercredi 2 février
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Le convoi est parti de Kananga dès 8h30’ le mercredi 19 janvier 2011, sous une pluie fine en direction de
Tshikapa, District sanitaire situé à quelques 300 kilomètres au Sud-ouest de la capitale provinciale du Kasaï Occidental. Cette province est l'épicentre de l’épidémie de la poliomyélite qui sévit
avec virulence dans le pays. Le cortège, sécurisé par les éléments de la police nationale congolaise, comprenait le Dr Makwenge Kaput, Ministre de la Santé Publique, M. Hubert Mbingho, Gouverneur
par intérim du Kasaï Occidental, le Dr Matthieu Kamwa, Représentant de l’OMS en RDC, M. Abdou Diouf, Chef du Bureau de la Mission de l’ONU pour la Stabilisation du Congo (MONUSCO/ Kasaï
Occidental) ainsi qu’une trentaine d’autres membres de la délégation.
Eugene Kent @ Kabambi.
La route est en terre battue, et demande, pour arriver à destination, de recourir à des véhicules tout terrain
4X4, pendant près de 7 heures, en traversant savanes boisées et petites forêts, rivières et villages parfois isolés en brousse. “La détermination et la volonté d’en finir avec cette épidémie
sont réelles”, explique le Dr Audry Mulumba, Directeur du Programme Elargi de la Vaccination (PEV), nommé à ce poste en décembre 2010 par le Ministre de la Santé Publique.
La veille du départ, une séance de travail marathon, présidée par le Dr Victor Makwenge Kaput, avait eu
lieu au Bureau du Gouverneur du Kasaï Occidental. L’objectif était de faire le point de la situation de poliomyélite qui place le Kasaï Occidental en tête des provinces les plus touchées
par l’épidémie avec 64 cas sur les 117 enregistrés par le pays depuis le mois de mai 2010. “L’heure n’est plus à la complaisance. Nous devons comprendre pourquoi cette province est la plus
affectée, afin de mettre en place des stratégies d’urgence pour inverser les tendances actuelles”, insiste le Dr Makwenge Kaput. Pour leur part, “les partenaires du Gouvernement ne
lésineront sur aucun moyen, financier ou humain, pour atteindre l’objectif d’une RDC sans poliomyélite en 2011”, a soutenu le Dr Kamwa, estimant également que “les yeux du monde entier
regardaient ici, parce que nous avons l’obligation des résultats”.
Le Gouverneur par intérim du Kasaï Occidental (à gauche), le Ministre de la Santé Publique (au centre) et le Représentant de l'OMS
en RDC (à droite) pendant la pause sur la route de Tshikapa (@Eugene K.
Kabambi).
Tout au long du parcours de cette Route Nationale N°1, les passagers ont eu le temps de contempler les vastes
étendues des terres arables, où de loin, on peut aussi apercevoir quelques hutes éparpillées ça et là et qui servent des résidences secondaires aux cultivateurs venus généralement des cités du
lointain. La tradition veut que les familles quittent les grands centres urbains, avec leurs enfants en bas âge pour venir cultiver leurs champs durant des longs mois. “Ceci fait que les
enfants échappent parfois à la vaccination de routine contre la poliomyélite à cause de l’inaccessibilité de certaines zones éloignées”, explique le Dr Edmond Mulamba, Médecin Inspecteur
provincial (MIP) du Kasaï Occidental.
Le long trajet a été marqué par quelques temps de pause sur la route afin de permettre aux passagers à se
dégourdir les jambes, avant de continuer. Les dix véhicules mobilisés et mis en condition de voyage n’ont rien laissé au hasard: “il y a eu d'abord vérification mécanique des voitures, suivie
de leur ravitaillement en carburant, sans oublier le matériel de dépannage mécanique, le kit sanitaire d’urgence, et une bonne réserve en eau et de vivres”, détaille Adama Sawadogo en charge de la logistique à l’OMS/RDC. C’est autour de 16 heures locales que le convoi est entré dans Tshikapa,
ville minière aux “2 millions d’habitants, sans eau potable”, selon M. Laurent Kambulu Mputu, Maire de la Ville, et dont “les conditions sanitaires sont des plus précaires”,
souligne-t-il. La promicuité et l’insalubrité publique font de Tshikapa l’un des Districts sanitaires les plus exposés aux maladies infectieuses et transmissibles, évitables par la vaccination.
La zone de santé de Kamwesha, plus proche de Tshikapa, a enregistré à elle seule 19 cas de poliovirus sauvage. Un véritable record dans la province.
Il faut sensibiliser la population face à ce risque élevé d’extension de la poliomyélite vers d’autres zones
jusque-là indemnes. Le message du Ministre de la Santé Publique était clair: “ce que j’attends de chacun de vous, de chaque parent, de chaque voisin, c’est de vous assurer que tout enfant de
la communauté, du village, du quartier a reçu les 2 gouttes de vaccin contre la poliomyélite. Ce sera le témoignage suprême de votre amour pour vos enfants et pour votre patrie”, a-t-il
lancé lors du démarrage des activités de vaccination supplémentaires (AVS).

Un crieur local en pleine sensibilisation de la population en faveur de la vaccination (Eugene Kabambi).
Les partenaires du Gouvernement, dont l’OMS, ont apporté les moyens nécessaires pour la sensibilisation de la
population, l’encadrement des communautés de base et l’accompagnement des opérations de vaccination en amont et en aval. “C’est un honneur et un plaisir renouvelé pour nous de vous remettre
ces moyens au nom du Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS et du Dr Luis Gomes Sambo, Directeur régional”, a dit le Dr Kamwa lors de la remise des cinq motos de marque Yamaha DT 125
ainsi que d’autres matériels destinés au travail de terrain en faveur de l'Antenne du PEV/Tshikapa.
La ville de Tshikapa est connue pour ses célèbres mines de diamants de joaillerie, exploitées artisanelement
sans que la population locale en bénéficie pleinement. Dès l'entrée dans la ville, le premier visiteur est frappé par la misère très visible dans la population. La principale artère qui
traverse Tshikapa est dans un piteux état, exigeant du conducteur d'une voiture une prudence absolue pour ne pas tomber dans un ravin juste à côté. Tshikapa la nourricière fournit le gros de sa
production diamantaire à la ville belge d'Anvers, réputée capitale mondiale dans laquelle travaillent plusieurs milliers de maîtres tailleurs, dont l'habileté et la compétence sont le garant du
label international de qualité "taillé à Anvers". Mais entre le port de la Flandre belge et Tshikapa, deuxième ville du Kasaï Occidental, le contraste est de taille.
Une vue de la principale artère de Tshikapa (@Eugene Kabambi).
@ EK.